informations du syndicat CGT de la société Arrivé - Maître Coq, une entreprise du groupe LDC.
Après la bataille d'œufs, la guerre de tranchées. En rejetant hier matin la demande de fermeture de l'usine de Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne) déposée par la direction de Molex par mesure de sécurité, tout en ordonnant aux représentants du personnel de cesser les entraves à la liberté du travail, le juge des référés du tribunal de Toulouse n'a pas débloqué le conflit en cours. L'entreprise avait annoncé la fermeture du site (qui mettra de toute façon la clé sous la porte fin octobre) après qu'un dirigeant a été bousculé le 4 août par des salariés. Lesquels maintiennent une surveillance permanente du site.
Sur les marches du palais, Jean-Marc Denjean, l'avocat des ouvriers, réagit : «Cette décision est une bérézina judiciaire pour la direction. La fermeture de l'usine est illégale.» «Cela veut dire que nous pouvons entrer dans l'usine, ajoute Denis Parise, secrétaire CGT au comité d'entreprise. Les vigiles doivent quitter les lieux.» «Faux, répond au téléphone Kim Campion, l'avocat parisien de la direction. Le juge a juste ordonné l'expulsion des piquets de grève. L'usine restera fermée tant que les conditions de sécurité ne seront pas garanties.»
Flottement.
La suite de la confrontation a lieu à Villemur-sur-Tarn. Denis Parise est applaudi par la cinquantaine d'ouvriers réunis devant le poste de garde. Le délégué serre la main des gendarmes postés sur le trottoir, puis prend la parole : «Le lock-out[lire ci-contre, ndlr] tenté par la direction a échoué . La justice nous a autorisés à rentrer. Nous devons le faire dans le calme pour prouver notre sens des responsabilités.» Flottement des vigiles. «Pour l'instant nous ne bougeons pas», dit l'un d'eux suspendu à son portable. Sous la tente plantée devant l'entrée, Patrick, technicien depuis vingt-quatre ans chez Molex, voit la pression monter chaque jour. «Après vingt-quatre ans de boulot c'est dur de se retrouver comme ça dehors. On a l'impression d'être séquestrés.» Nicole, secrétaire depuis trente-huit ans est épuisée : «La grève est fatigante. Les ouvriers ne sont pas des voyous. Maintenant, la direction doit nous laisser travailler.»
Les ouvriers se rassemblent pour déjeuner. Au menu, foie et purée : le repas est livré (à 2 euros) par un cuistot du restaurant d'entreprise. «C'est notre façon de les soutenir, dit-il. On se connaît depuis longtemps. S'ils s'en vont, nous perdons 30 % de notre activité.»
Huissier.
Confirmé : les vigiles ne bougeront pas. Ils laissent juste passer l'huissier de la direction qui photographie l'entrée et les bâtiments. «C'est de la provocation, lance Guy Pavan, délégué CGT. Mais nous ne craquerons pas.» Au même moment, une réunion d'urgence entre la direction du travail et celle de Molex a lieu à la préfecture. 15 heures. L'huissier mandaté par les salariés constate l'interdiction faite aux ouvriers et à leurs représentants de pénétrer sur le site. «Les délégués du personnel doivent pouvoir accéder aux bâtiments 24h sur 24, tonne Denis Parise. C'est illégal!» Par téléphone, Marcus Kerriou, co-gérant chargé des relations avec les médias, se défend : «La direction américaine connaît le droit français mais elle privilégie la sécurité du site en maintenant la fermeture. Nous craignons que les ouvriers mettent les machines en panne. Nous attendons la nomination du médiateur promise par le ministre de l'Industrie pour passer au plan social.» «C'est clair, ils ne veulent pas négocier», analyse Guy Pavan.